Jeunesses Françaises

 RENNES

Vendredi 14 novembre

CRIJ le 4 Bis

14h30

 

 

de Stéphan Castang

DOCUMENTAIRE – FRANCE – 2010 – 19’

Production Takami productions
Scénario Stéphan Castang |  Image Stéphan Castang |  Montage Stéphan Castang | Son Émilie Mauguet

Interprétation Gwendoline Bardot, Alexia Bertin, Julie Cupillard, Jérémy Gaag, Soledad Grisard,
Sébastien Huberté, Bastien Jorda, Cécilia Oberrieder, Mélanie Petit, Julien Probst, Fabrice Sérapion, Stacy Thiébaud

Des lycéens passent un entretien avec un conseiller d’orientation plutôt malveillant. Comment les adolescents répondent à cette agression ? Entre fiction et documentaire, une série de portraits.


Quelques pistes pour aller plus loin

par Sébastien Ronceray
Sous l’égide de la compagnie bourguignonne « Le Théâtre de la Tentative », des artistes venant de différents horizons (photographes, cinéastes, plasticiens…) ont développé un projet autour du thème de la jeunesse d’aujourd’hui. Le film Jeunesses françaises est le résultat mis en scène, pour le cinéma, de ce questionnement. Les acteurs de ce film sont des lycéens de Belfort, qui ont écrit leur texte à partir des réponses dégagées lors de différents travaux. Dans un noir et blanc sobre (rappelant les photographie des fiches anthropométriques), le réalisateur Stéphan Castang filme les adolescents en huis clos, face caméra, en plan fixe et resserré sur leur visage. Il met en scène des entretiens fictifs où ils répondent à un conseiller d’orientation que l’on entend sans jamais le voir : un champ sans contre-champ. Une série d’une douzaine de portraits durant laquelle jaillissent les craintes, les convictions, les maladresses des adolescents.

Ce dispositif simple nous permet de nous placer au plus près de l’intimité des adolescents, qui au travers des questions qui leur sont posées dévoilent un peu de leur caractère. Présenté comme un documentaire, ce film n’en est pas vraiment un
puisqu’il se compose de propos écrits et joués. Ces derniers sont certes issus de
discussions, de propos entendus, mais n’est-ce pas là l’une des bases de toute
fiction ? Stéphan Castang explique ne pas avoir voulu« faire un spectacle sur eux,
mais tenter de faire un spectacle avec eux », ce qui nourrit sans doute cette ambiguïté entre documentaire et fiction. Le spectateur au premier regard ne pense pas que ces situations soient scénarisées, il les accepte telles qu’on les lui donne. Se succèdent des personnalités singulières : de celle qui avoue être totalement paumée à celui qui aimerait faire ce qui l’intéresse vraiment mais que le conseiller d’orientation (oscillant entre juge féroce, inspecteur et paternel autoritaire, doué d’une attention plus cassante qu’affectueuse) tente de convaincre en l’incitant à réduire ses ambitions. Les dialogues tournent tous autour de la question de la projection et du désir. Les adolescents, jouant plus ou moins le jeu de la confrontation avec autrui, se livrent discrètement, acceptent de répondre au conseiller, en oubliant parfois à qui ils ont à faire.

La fin du film, révélant que les textes entendus étaient vraisemblablement préparés, fait totalement tomber de son piédestal cet adulte qui croit tout savoir de leurs préoccupations : comme un retour de bâton jouissif, l’un des adolescents, rebelle, lui assène d’autres vérités, plus vives, qu’il ne saurait accepter dans son rôle d’organisateur de la vie des autres. Tel un miroir, cet adolescent, assuré, volontaire et mutin (autre visage de cette jeunesse) lui parle de lui, le regardant, nous regardant. Après s’être nous-mêmes épanchés et intéressés à leurs propos, jugeant souvent excessives les remarques (provocatrices) du conseiller, ce dernier regard nous atteint aussi dans notre mode de réflexion et d’acceptation de la vie et des sensations de l’adolescence.

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